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ÉDITO 2005

Images Contre Nature accomplit sa tâche suivant la mesure de la foisonnante production audiovisuelle, qui pousse de façon extravagante et finit par se voir. Sans cela, le festival n’aurait pas eu sa raison d’être. L’existence de films de facture peu ordinaire la lui donne. Il n’en reste pas moins que l’étendue et la complexité des pratiques posent questions.
Sans discontinuer, l’idée reste de fouailler notre regard de spectateur et juge du spectacle. Expérimental, le terme se révèle suffisamment trouble et riche de définitions semant le désaccord, pour que l’on se permette de l’utiliser comme bon nous semble. Sous son aile, des myriades d’aventuriers galopent à qui mieux mieux, en ordre disparate. Ici, l’aventure commence. L’homme ne marchera plus sans sa machine. Plutôt qu’une escadrille ou une flopée de trains, voici l’image. La catastrophe rêvée. Synonyme d’une profonde attirance, exclusive, dans laquelle semble s’engouffrer la conscience. Cependant, de manière tout à fait improbable et pourtant réelle, l’image a la faculté de faire que le spectateur ne s’oublie pas. Non qu’elle le replace là où il doit être, puisqu’en fin de compte, personne ne sait ce qu’est un spectateur, mais ce dernier ne sort pas d’une séance avec l’intime sensation de ne pas être de ce monde. Le voilà donc commun. Son histoire équivaut à une autre parce que, enfin, qui s’en souviendra. L’image ne ramène pas qu’au souvenir, au témoignage de soi ou de l’autre, même sensible. Sa fonction ne se limite pas à reconstruire une réalité de façon emblématique. Elle peut aussi être une fin en soi. Ce qui, définitivement, n’a pas de sens.
Cependant, si une vidéo expérimentale ne raconte pas d’histoire, elle a l’avantage d’en provoquer beaucoup. Ainsi, ne faut-il pas moins de cinq programmes de sélection internationale pour en prendre la mesure; intitulés Temps, Espace, Mouvement, Perception et Sens afin de souligner l’importance donné au travail de la forme. Un programme rétrospectif fêtera cette cinquième édition du festival. Celui-ci s’ouvrira en présence de Takahiko Iimura et se clôturera dramatiquement avec La légende noire du soldat O de André Neyton. La Cie des Bouffons et Tanis le plein des sens composeront une ode à l’image. Les installations de Emmanuelle Sarrouy et Jean-Paul Noguès nous amèneront au plus près des corps; tout comme les livres et dessins de Reine Taëvran empreints par leurs matières. La vidéothèque à la carte permettra à nouveau de voir des agencements multiples et étonnants. Comme un joli bouquet.
H.B.